The Art Server

 
Expo Casino

L'art en Belgique: l'oeuvre de Leo Copers

Leo Copers (°1947) s'y prend comme un alchimiste moderne qui utilise les uns contre les autres des éléments aussi opposés que le feu et l'eau pour en arriver à des situations paradoxales. L'eau est de la pluie, de la glace ou de la vapeur. Le feu, c'est le soleil, la lumière et l'énergie. Dès le début, il s'intéressa surtout aux matériaux volatiles et invisibles comme le gaz de butane, la vapeur d'eau et le feu.

Son oeuvre est en partie imaginaire, c'est à dire qu'il présente des idées qui ne permettent pas de réalisation pratique et qui restent donc purement conceptuelles, comme le projet de mettre le feu aux cascades de Coo, ou de mettre en flammes un seul arbre au milieu d'un forêt.

Pour une autre partie, il mit bien ses idées en pratique, et essaya de mettre à sa sauce les principes de la physique en fonction de concepts artistiques. Comme pour les oeuvres imaginaires, il s'agit aussi chaque fois ici d'une situation contradictoire, qui est en opposition avec le bon sens. Il fit par ex. brûler une ligne de feu sur une rivière, ou essaya de faire bouillir ou geler une petite partie d'un étang. Il plongea des tubes néon dans le fond d'un bac à poissons (Waterlamp), ou les laissa flotter sur la mer. Le spectateur a donc l'impression de voir quelque chose de surnaturel, un mirage ou un miracle moyenâgeux.
Copers fit jouer la chanson 'Fire' de Arthur Brown sur un tourne-disques placé sous l'eau. Ou bien, il fit tomber goutte à goutte et en alternance, une goutte d'eau et puis une goutte d'huile sur une plaque métallique chauffée, ce qui produisait à tour de rôle un nuage de vapeur, puis une flamme.

L'impossible est un thème fixe de son oeuvre. Il essaye de visualiser une espèce de miracle, tout aussi mystérieux et fantastique q'un tableau de Magritte. Il y a d'ailleurs de nombreuses allusions à Magritte dans son oeuvre, p.ex. le petit bout de film sur lequel on peut voir un tuba en flammes (cfr. la toile 'L'échelle de feu' de Magritte).

Dans quelques autres oeuvres, il traite le sujet du génie artistique, comme lorsqu'il signa de son sang avec une plume en or, monta cette signature dans un cadre blindé derrière du verre pare-balles, ou lorsqu'il exposa un coffre-fort fermement soudé dans lequel repose le certificat d'authenticité de cette même oeuvre. Ces œuvres font sous-entendre, non sans une certaine ironie, des idées sur l’authenticité et les droits d’auteur.

L'une de ses premières oeuvres est la 'Remake Swastika'. Il s'agit d'une croix gammée pivotante dans les couleurs de l'arc-en-ciel. L'arc-en-ciel est le résultat de la pluie et du soleil (l'eau et le feu), et la swastika est un symbole du soleil dans de nombreuses anciennes cultures. Cette croix gammée est encore tout juste reconnaissable et garde donc ses sinistres connotations du régime hitlérien. Mais simultanément, elle rappelle au spectateur l'ancienne signification positive de symbole d'énergie vitale et de chaleur. Autrement dit : le charme frais et innocent des couleurs de l'arc-en-ciel neutralisent l'agression diffusée par la croix gammée. La 'Remake Swastika' transpose donc l'opposition entre l'eau et le feu au plan des émotions humaines.

Dans d'autres oeuvres de Copers, des sentiments très opposés sont confrontés les uns aux autres, comme par ex. dans le 'Kogel', une balle en or avec une pointe en diamant, travail réalisé en 1987. La forme rappelle l'agression et la mort brutale, mais les matières utilisées font allusion au bonheur, l'amour et la fidélité. La combinaison de ces pôles opposés dans un même objet fait l'effet d'un court-circuit émotionnel, cependant adouci par la présentation précieuse et solennelle sous un globe de verre.

Une opposition du même genre se retrouve dans 'Trois vases' (plus haut qu'une hauteur d'homme), dont le premier est recouvert d'éclats de verres coupants, (des résidus issus d'un atelier de souffleur de verre), le deuxième de morceaux de verre émoussés provenant d'une fabrique de cristal, et le troisième de chrysanthèmes en soie multicolores (ramassés dans les poubelles d'un cimetière). Le premier vase est dangereux et littéralement intouchable, le deuxième est dur mais lisse, le troisième n'est que douceur avec une odeur de mort.

Leo Copers remplit aussi de vin (blanc et rouge) deux belles carafes qui se touchent. Le vin blanc est empoisonné à la belladone, le poison féminin par excellence, le rouge, avec de la mandragore, le poison masculin.

Parfois ne règne qu'une ambiance de punition et de torture, comme dans une oeuvre avec des couteaux acérés qui virevoltent à hauteur de gorge, et d'où jaillissent des étincelles. Le spectateur n'est pas particulièrement à son aise, car les couteaux représentent une réelle menace.

Une autre oeuvre qui a l'air tout aussi dangereuse s'intitule 'KALON', le mot en grec ancien signifiant beauté. Les lettres grecques sont réalisées comme un fer à marquer et sont chauffées à blanc dans un petit chaudron: la beauté comme une flétrissure.

Dans d'autres oeuvres, l'accent est purement mis sur la douceur et l'amour: des ailes aux couleurs de l'arc-en-ciel en plumes de pigeons, un slip tanga en ailes de papillons ou un lit couvert de bégonias. Il exposa cette dernière oeuvre dans sa propre chambre à coucher (1981). La porte était entrouverte et fixée de la sorte; les visiteurs devaient se faufiler par la fente, ce qui accentuait encore l'effet d'intrusion. Dans les bégonias se distinguaient les formes de deux corps: ceux de Leo Copers et de sa femme. Le bégonia est une imitation bon marché de la rose, la 'fausse rose'. Il laissa se faner les fleurs et fit des photos du processus de pourriture.

Sans cesse, la douceur et l'horreur sont des extrêmes qui semblent ne pas pouvoir se passer l'un de l'autre. Les anciens contes se basent eux aussi là-dessus : le prince est une grenouille, le carrosse une citrouille. Dans l'oeuvre de Copers, cette atmosphère de conte de fées de magie et d'ensorcellement n'est jamais loin. Il fait souvent allusion à d'anciennes sagas et récits de chevalerie, comme dans la mystérieuse 'Épée invisible' en verre, qui est placée de manière provocante sur sa pointe pour accentuer sa propre fragilité.

D'autres fois, il fait allusion aux pirates et à leurs trésors, comme dans le 'Vaandel' (l'étendard), à la tête de mort, qui tournoie juste au-dessus du sol, ou dans le 'Koffer' noirci par le feu dont l'intérieur est tapissé de feuille d'or. D'autres ex. sont encore les 'Klokken van Rome' (les cloches de Rome), pendant librement dans l'espace avec effectivement des petites ailes, ou encore, son beffroi de cristal composé de dizaine de cloches (la fragilité du cristal combinée avec la robustesse de la cloche).

En 1980, Copers peignit un paysage montagneux alors qu'il se trouvait sur une plage. Une petite photo couleur de lui en train de peindre en maillot fait partie de tableau. La photo fait du tableau une œuvre purement conceptuelle : ce n'est pas l'image des montagnes qui prime, ni la manière dont elle est peinte, mais bien l'idée que le peintre est libre et qu'il peut faire ce qu'il veut, sans se préoccuper de ce qu'il perçoit à ce moment-là. Il peut littéralement se trouver avec les pieds dans l'eau de mer et avoir l'esprit dans les montagnes. En complément, il peignit aussi un marine, alors qu'il était à la montagne, encore une fois, avec une photo d'accompagnement. le tout intitulé : 'Le voyant aveugle fait un tableau'.

Categorie
Beeldende Kunst
Auteur
Paul Ilegems
Datum
28 maart 2011

Deel via